
En Valais, la question de la croissance démographique ne se résume ni à des projections statistiques, ni à des débats théoriques. Elle s’inscrit dans une réalité très concrète : celle des entreprises qui recrutent, des chantiers qui avancent, des projets qui se réalisent. C’est sous cet angle, pragmatique et ancré dans le terrain, qu’il convient d’examiner l’initiative dite « Suisse à 10 millions ».
À première vue, l’objectif peut sembler séduisant : maîtriser la croissance de la population afin de préserver les équilibres du territoire. Mais une question essentielle se pose : en cherchant à fixer une limite administrative, ne risque-t-on pas d’affaiblir les mécanismes mêmes qui permettent à notre économie de fonctionner ?
Une économie qui fonctionne grâce à sa capacité d’adaptation
Le tissu économique valaisan repose largement sur des petites et moyennes entreprises. Leur force tient à leur proximité avec le terrain, à leur réactivité et à leur capacité d’adaptation. Dans le secteur de la construction en particulier, cette souplesse est indispensable pour répondre à des besoins variés, évolutifs et souvent urgents.
Introduire un plafond démographique rigide reviendrait à remplacer cette logique d’adaptation par une logique administrative. À terme, cela pourrait se traduire par des mécanismes de contingentement, où l’accès à la main-d’œuvre ne dépendrait plus uniquement des besoins des entreprises, mais de décisions politiques et de répartitions bureaucratiques.
Dans un tel système, les PME seraient les premières concernées. Moins armées que les grandes structures pour naviguer dans des processus complexes, elles risqueraient de voir leur capacité d’action réduite. Or, en Valais, ce sont précisément ces entreprises qui constituent le socle de l’économie.
Sur le terrain, les entreprises du second œuvre font déjà face à des défis importants en matière de recrutement. Dans de nombreux métiers techniques, la recherche de personnel qualifié est devenue une réalité quotidienne. Cette situation s’explique notamment par l’évolution démographique, le départ à la retraite de nombreux professionnels et la spécialisation croissante des compétences.
Dans ce contexte, restreindre l’accès à la main-d’œuvre étrangère ne ferait qu’accentuer ces tensions. Les conséquences seraient concrètes : des projets ralentis, des délais allongés, une pression accrue sur les coûts. Il est important de rappeler que ces travailleurs ne viennent pas de manière aléatoire, mais parce qu’ils répondent à des besoins réels de l’économie. Ils participent pleinement à l’activité et à la création de valeur.
Au-delà de la question du personnel, c’est plus largement la dynamique économique qui serait touchée. Le secteur de la construction est étroitement lié à l’investissement, qu’il soit privé ou public. Lorsque les perspectives deviennent incertaines, les projets sont retardés, voire abandonnés. Cette prudence se répercute ensuite sur l’ensemble de la chaîne économique.
Former, investir, construire : les vrais leviers
La formation professionnelle constitue un autre pilier fondamental du modèle valaisan. Elle repose sur un lien direct entre les entreprises et la relève. Ce sont les entreprises qui forment, transmettent et assurent la continuité des savoir-faire.
Or, ce modèle nécessite une économie dynamique. Lorsque l’activité se contracte ou que les perspectives se brouillent, les capacités de formation diminuent mécaniquement. Le risque est alors de fragiliser la relève à moyen terme.
Il y a là un paradoxe important. Une initiative présentée comme une protection du marché du travail pourrait, en réalité, affaiblir l’un de ses fondements les plus solides.
Face aux défis actuels — qu’il s’agisse de la transition énergétique, de la modernisation du parc bâti ou du développement des infrastructures — les besoins sont considérables. Ils exigent des compétences, de la coordination et une capacité d’exécution importante. Le secteur de la construction se trouve précisément au cœur de ces enjeux.
Pour y répondre, les entreprises ont besoin de visibilité, de stabilité et de conditions-cadres favorables. Elles ont besoin de pouvoir planifier, recruter et investir. Introduire des restrictions rigides et des incertitudes supplémentaires va à l’encontre de ces exigences.
En définitive, la question posée par l’initiative « Suisse à 10 millions » dépasse largement le simple enjeu démographique. Elle touche aux conditions-cadres de notre économie et à la capacité des entreprises à fonctionner efficacement.
En Valais, où la réalité du terrain prime sur les approches théoriques, une conviction s’impose : les défis auxquels nous sommes confrontés ne se résolvent pas par des plafonds administratifs, mais par la capacité à agir, à former et à investir.
Pour le Bureau des Métiers et constructionvalais, la conclusion est claire : cette initiative affaiblit notre économie réelle, pénalise nos entreprises et compromet notre capacité à répondre aux défis de demain. Elle doit être rejetée.
